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"Big&Open Data" en recherche à l'horizon 2040

Des bouleversements majeurs, des opportunités à saisir et huit défis à relever pour la recherche publique

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Les bouleversements induits par la conjonction du Big Data et de l’Open Data impactent globalement la société et sont l’objet de réflexions dans de multiples cercles. Dans le monde de la recherche, chacune et chacun pressent, plus ou moins confusément, qu’au-delà de ce qui est déjà visible aujourd’hui, c’est à une transformation profonde des pratiques, des organisations, des sujets de recherche et des interactions avec la société que l’on va assister.


Comment peut-on se représenter les futurs possibles de la recherche au-delà de l’horizon de visibilité actuel ? Comment notre communauté nationale de recherche, et singulièrement nos organismes publics de recherche, peuvent-ils s’y préparer dès maintenant pour se positionner au mieux dans ce que ce monde deviendra ? C’est l’objet de l’exercice de prospective engagé par le réseau PROSPER à la mi-2017 et qui s’est achevé début 2019.

--------télécharger la fiche descriptive de l'exercice inter-organismes proposé à la mi-2017

 

Un exercice structuré par les questionnements des organismes de recherche

Pour mieux cadrer une réflexion prospective sur un sujet aussi vaste, une réunion a été organisée par le Réseau PROSPER à la mi-juin 2017 avec les représentants d’une dizaine d’organismes de recherche publics, porteurs des principales interrogations sur l’avenir que soulevait pour leur institution la combinaison du Big et de l’Open Data.

Regroupées en sept axes de questionne-ment, ces interrogations ont délimité et structuré le champ d’exploration prospective, tel qu’il a été ensuite exploré par un groupe de travail constitué d’une part de porteurs de préoccupations ou d’expertises désignés par leur organisme, d’autre part de membres du Réseau PROSPER garants de la méthode.

 

L’importance des jeux d’acteurs dans la transformation du paysage de la recherche

Il est vite apparu que le principal accélérateur du changement était l’irruption d’acteurs nouveaux aux intérêts multiples dans le paysage de la recherche, du fait des ouvertures créées par la conjonction du Big et de l’Open Data. Plutôt que de s’intéresser aux détails techniques de l’évolution des pratiques de recherche liées au Big&Open Data, le groupe de travail a dès lors focalisé son attention sur les jeux d’acteurs et la réappropriation plus ou moins grande, plus ou moins transformante, par la société et ses différents types d’acteurs, d’une activité jusqu’alors assez protégée au sein d’un « monde de la recherche » bien organisé. Ceci explique la nature des explorations conduites et des enseignements qui en ont été tirés en fin d’exercice, essentiellement tournés vers les organismes publics de recherche, à destination desquels cet exercice a été conduit.

C’est ainsi que, débutant ses réflexions par la question de validation/qualification (des données, des résultats et des processus), le groupe de travail a commencé par explorer les jeux d’acteurs associés à cette activité en s’inspirant de l’approche systémique de Michaël PORTER (schéma ci-contre). Pour chacune des catégories d’acteurs de l’écosystème ainsi représenté, le groupe de travail a dressé une liste d’acteurs potentiels du futur, précisé leurs motivations pour s’insérer dans l’écosystème, et leur capacité à le faire. Des dynamiques d’évolution possible de ces différents acteurs ont été déduites un certain nombre d’observations, telles que l’importance que pourraient prendre certaines catégories d’acteurs nouveaux (prestataires d’audits, mafia…) ou l’émergence de pratiques de substitution (qualifier les auteurs plutôt que valider leurs travaux…).

Les différents acteurs ont aussi été regroupés selon cinq sphères d’activité de la société aux finalités assez différentes, permettant une approche prospective plus macroscopique des dynamiques futures : sphère gouvernance/régulation, sphère citoyenne et engagée, sphère recherche, sphère business, sphère « cyber ».

Enfin, une typologie des données numériques associées à l’activité scientifique a été établie. Un tableau des enjeux de validation/qualification pour chaque type de données a été construit. Cette typologie met bien en évidence, au-delà de la perception habituelle, la variété des données numériques qu’il faut prendre en compte dans un tel exercice de prospective, parce qu’elles jouent un rôle dans le devenir de l’activité scientifique, par action volontaire ou non, sous contrôle de la communauté scientifique ou non, avec un souci d’exactitude scientifique ou non…

-------- télécharger le tableau des enjeux de validation/qualification des données associées à l’activité scientifique

 

Sept mini exercices de prospective

Alors que ce n’était pas forcément comme cela qu’avait été imaginé l’exercice au départ, ce sont sept mini exercices de prospective, chacun sur un axe de questionnement, qui ont été conduits selon le processus décrit ci-après.

Pour chacun des sept axes de questionnement, un travail analytique mené collectivement a permis d’identifier les facteurs moteurs majeurs du changement, puis de formuler des hypothèses d’évolution diversifiées pour chacun d’eux, l’ensemble étant présenté de façon synthétique dans un « tableau morphologique ». La figure ci-dessous illustre cette étape pour l’axe de travail « validation/qualification » déjà cité en exemple (tableau simplifié, le tableau complet est en téléchargement).

--------télécharger le tableau morphologique détaillé pour cet axe de travail "Validation/qualification"

Une fois ce tableau morphologique validé collectivement, un certain nombre de micro-scénarios ont été librement construits par les membres du groupe de travail, à partir des hypothèses d’évolution envisagées. Compte tenu des profils assez différents des participants au groupe de travail, ce mode opératoire favorise la diversité des regards sur le tableau des possibles et la variété des manières d’assembler les hypothèses d’évolution pour construire des micro-scénarios porteurs de sens.

La couverture du champ des possibles par cet ensemble de micro-scénarios a alors été examinée au regard de deux caractères particulièrement discriminants, comme illustré ci-dessous (on y a replacé les principaux micro-scénarios produits, après avoir éliminé les doublons). A chacun des quatre quadrants de cette représentation correspond une famille de micro-scénarios, dont les caractéristiques comparatives ont été établies, et ont conduit à formuler un certain nombre d’enseignements concernant cette composante du futur.

--------télécharger le cahier d'exploration prospective pour cet axe de travail "Validation/qualification"

Ainsi, dans l’exemple représenté ci-dessus, on observe que les micro-scénarios produits ont abondamment exploré la perte de maîtrise de la validation/qualification par la sphère recherche (partie haute du schéma), avec notamment la montée en puissance d’une multiplicité d’acteurs de la société civile (à droite). A l’inverse, peu de scénarios ont imaginé comment la sphère recherche pouvait garder la maîtrise de la validation/qualification, comme si la dépossession de cette capacité était inéluctable. Bien d’autres enseignements ont été tirés de ces explorations prospectives, que l’on retrouve dans le « Cahier d’exploration prospective » pour cet axe de travail.

Un travail similaire a été effectué sur chacun des six autres axes de questionnement. En un an et six ateliers d’une journée en tout, malgré l’implication de l’équipe-projet entre les réunions, il n’a évidemment pas été possible d’approfondir chacun des sept axes autant que les participants l’auraient souhaité. La production prospective sur ces sept axes de réflexion se matérialise donc par des documents de travail dont le niveau d’achèvement est plus ou moins grand, mais qui sont néanmoins mis à disposition sur ce site pour servir de matière première à tous ceux qui souhaiteraient aller plus loin sur la base du travail déjà produit.



Télécharger les documents de travail concernant les sept champs d’exploration prospective :

 

De manière à permettre une vision super-synthétique de ce travail au lecteur pressé, le schéma ci-dessous a été produit (le télécharger pour en permettre la lecture), qui rappelle pour chaque axe de questionnement les principaux points d’attention tirés de ces explorations prospectives, et les quatre grandes tendances d’évolution possible mises en évidence à travers les scénarios (bulles en périphérie de ce schéma).

--------télécharger la super-synthèse visuelle des sept champs d’exploration prospective

 

Les enseignements globaux de l’exercice

L’idée de consolider tous ces travaux dans une seconde étape, en construisant des scénarios globaux, a été envisagée pendant un temps. Elle a finalement été abandonnée, car mettre en avant la richesse des analyses spécifiques à chaque axe a semblé plus porteur qu’une globalisation, qui lisse forcément les choses. Par contre une relecture transversale à ces sept axes a bien été effectuée, afin d’en tirer un certain nombre d’enseignements utiles à la communauté nationale de recherche.

Le premier constat des explorations prospectives conduites est la grande diversité des possibles que le Big&Open Data permet d’imaginer pour le futur de la recherche. Les nombreuses ouvertures créées et l’accélération des changements qui en découlent constituent autant d’opportunités pour ceux qui sauront prendre le train en marche, et à plus forte raison pour ceux qui sauront monter dans la cabine de pilotage. Plus précisément, ces opportunités se situent dans trois registres différents, conduisant à huit défis pour la recherche publique.

Des opportunités à saisir dans trois registres différents


Le développement de nouvelles capacités de recherche grâce aux ressources numériques (données et algorithmes), qui permettent de repousser les limites de la connaissance dans de nombreux domaines et d’explorer des champs nouveaux, notamment transdisciplinaires en réponse aux questions complexes auxquelles la science doit s’attacher aujourd’hui.

L’émergence de nouvelles formes d’organisation pour conduire les recherches, sortant des cadres traditionnels et associant transversalement de multiples acteurs,

Un renouvellement du lien avec la société, à travers les interactions croissantes que permet le numérique entre le monde de la recherche et les citoyens, ONG et autres acteurs de la société pour la production, la qualification, la diffusion et l’utilisation de connaissances scientifiques.

 

Huit défis pour la recherche publique


Savoir se saisir de ces opportunités est un enjeu de survie à long terme pour les institutions de recherche établies, car le train ne s’arrêtera pas et le plus grand risque est bien celui de rester sur le quai. Il s’agit désormais d’innover pour faire évoluer les pratiques scientifiques elles-mêmes, en relevant un certain nombre de défis, mis en évidence par les différentes explorations prospectives :

Repenser le positionnement des institutions publiques de recherche dans un paysage de la recherche beaucoup plus ouvert, compétitif, rapidement évolutif, et où un nouvel équilibre est à trouver entre la production de connaissances pour le progrès des sciences et celle qui vise à satisfaire les besoins immédiats de la société.

Réexaminer la chaîne de valeur de la production de connaissances, afin de mieux positionner les organismes dans un paysage concurrentiel où les interactions sont de plus en plus grandes, afin d’établir à la fois des relations saines et gagnantes avec l’ensemble des acteurs concernés et de se prémunir contre les aléas de la dépendance à des ressources numériques externes.

Prendre la mesure des richesses que constituent pour les organismes leurs bases de données, leurs algorithmes, leur savoir-faire, pour les faire fructifier sans se les faire piller, et en faire un facteur d’attractivité tant par des plateformes ouvertes (mais pas forcément gratuites) du meilleur niveau que par des services innovants et expertises basées sur la recherche, associés à leur utilisation.

Explorer largement les alternatives aux modes traditionnels de validation et de diffusion des résultats scientifiques, notamment en impliquant les acteurs qui donneront du crédit à ces résultats aux yeux de la société, au-delà de la qualité scientifique elle-même.

Réexaminer la pertinence des processus actuels d’évaluation de la recherche et des chercheurs, dans un monde profondément transformé par le numérique, afin de promouvoir conjointement l’excellence scientifique, les approches innovantes et l’utilité sociale.

Savoir accompagner la diversité des modes de recherche qui se mettent spontanément en place dans les différents écosystèmes disciplinaires, en leur offrant un cadre facilitateur et sécurisant, et en capitalisant les avantages qu’ils apportent, ceci constituant un nouveau rôle important pour les superstructures pérennes que sont les institutions de recherche.

Repenser l’articulation des responsabilités entre des chercheurs de plus en plus en interaction numérique directe avec leur environnement et leurs employeurs aujourd’hui juridiquement responsables.

Impulser une réflexion au plan national, européen et international, sur les conditions de reconnaissance de droits d’accès et d’utilisation des données, qui seraient spécifiques à des chercheurs reconnus comme tels, leur permettant de conduire des travaux dans des cadres déontologiques clairs et sous le contrôle d’instances appropriées, en dépassant les limitations liées aux régimes de protection des données propres à certains pays ou certains domaines.

 

--------télécharger le rapport du groupe de travail
--------télécharger l’ensemble des annexes au rapport du groupe de travail (fichier zippé)

-------- télécharger le feuillet de super-synthèse de l’exercice (« 4-pages pour décideurs »)



Le groupe de travail

Les travaux décrits ici ont été conduits dans le cadre d'un groupe de travail inter-organismes, mis en place par le Réseau PROSPER.